Savoie, sillon humain dans le temps et l’espace

SavoieJe suis de ce territoire, la Savoie.
C’est un bien légué, pas un choix. Mais bien assumé.
Deux départements regroupent l’essentiel de cet espace.

C’est une région singulière, montagnarde, pont entre Italie et espace français, mère d’eaux : lançant des torrents qui depuis les glaciers alpins rejoignent le Rhône ; accueillant des lacs, Bourget, Annecy et ouverte sur le Léman.

Nous sommes entrés, la semaine dernière, dans la 600ème année de la reconnaissance forte de ce territoire : le 19 février 1416, le Comte de Savoie, Amédée VIII,  était fait Duc de Savoie.250px-Hundred_years_war_france_england_1435
A l’époque le Duc de Bourgogne, Jean sans Peur, concurrençait le roi de France.
Face à lui, le Dauphin Charles VII (celui de Jeanne d’Arc) dut se réfugier à Bourges, en 1418….
Et la Maison de Savoie était une nation souveraine.
L’empereur Sigismond Ier, en érigeant le 19 février 1416, le Comté de Savoie en Duché de Savoie, lui offrit une autonomie politique sans précédent. Les successeurs d’Amédée VIII de Savoie porteront désormais le titre de duc jusqu’à ce qu’ils deviennent rois de Sicile, puis de Sardaigne au début du XVIIIème siècle.
Le Duché de Savoie, élevé en Etat de haut niveau de souveraineté, commandait tout le passage des Alpes, jusqu’à Nice.

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Cette date du 19 février a été valorisée et promue comme la fête « nationale » de Savoie par un singulier personnage, Henri Dénarié.
Ancien combattant des Brigades Internationales, libertaire, il ne cessa de s’engager pour magnifier la Savoie. Qu’il voulait Savoie Libre, séparée de la République française. Et faire du 19 février, une date fondamentale.

Il est possible de reconnaître la valeur de cette date -c’est mon cas-  sans postuler une séparation Savoie/France. Nos grands-parents, nos arrière-grands-parents et aussi nos parents ont validé, avec leur cœur et avec leur sang, notre annexion-fusion avec la France.
Ce qui ne signifie pas perdre la mémoire…
Armoiries

A Annemasse, l’ancrage savoyard (ou savoisien *) est une donnée de longue date.

Le blason de la ville est significatif :
Et volontariste !   (Agere, non loqui)

 

240px-Logo-annemasseLe logo de la ville, modifié en 2010, reprend toujours la blanche croix de Savoie (à la différence du drapeau suisse, elle va jusqu’au bout des bords…) sur fond rouge :
Devant la mairie, le drapeau national et le drapeau européen font -chaque jour- pendant aux couleurs bleu et or d’Annemasse et au drapeau savoyard.
drapeau-savoie

Et même si je ne suis pas dupe de jeux politiciens de la droite savoyarde, je pense qu’un statut commun des deux départements 73+74 (amendement Gaymard-Bouvard), serait une bonne chose pour développer l’ensemble des synergies nécessaires (tourisme, agriculture, transports ferroviaires, université, etc.) pour peser dans le -trop- vaste ensemble Auvergne+Rhône-Alpes qui va se constituer régionalement dans le cadre de la réforme territoriale et des débats sur la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République). logo

 

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* Savoyard serait péjoratif…., savoisien (et même savoyen) plus tendance !

– La culture savoyarde a souffert de sa pratique anticipée du français : Vaugelas (Claude Favre de Vaugelas) fut le grammairien de la langue française et l’Académie Florimontane, un peu la mère de l’Académie Française.

– La langue franco-provençale a été renommée en arpitan. Le site.
L’arpitan, dont j’ai quelquefois entendu la version savoyarde parlée chez mes grands-parents à La Roche-sur-Foron, est devenu très marginal. Il est enseigné actuellement en option, notamment au collège.
Just Songeon, communiste, instituteur à Annemasse, fut dans les années 1920, un écrivain fructueux et militant du ‘patois savoyard’.

« Nous sommes du peuple et nous sommes de notre temps. Il n’y a aucune honte à être Savoyards, à parler le patois et à aimer les « tartifles u barbot ». Il n’y a pas d’art inférieur et la beauté est partout pour qui la veut chercher. Nous n’avons d’autre ambition que de chanter la beauté de notre pays, la beauté de l’humble vie quotidienne… »

– Certes la musique locale n’a pas l’ampleur du mouvement breton tant dans sa créativité que dans son succès populaire. Voir ici.
Mais le Feufliazhe contribue à sa valorisation.
Histoire Savoie
– J’ai lu, il y a longtemps, « Découvrir l’histoire de Savoie » dont je connaissais certains des auteurs. C’est un bon support pour l’enseignant qui se doit d’aborder aussi cette Histoire.

 

– Et j’ai gardé la collection de « Présence Savoisienne » du N°24 (été 1978) au N°38 (hiver 1981). Il me manque le N°28… (été 1979).
En les ressortant pour cet article, j’ai eu la surprise de trouver plié dans le N°24 un tract (Ah, le temps des ronéos !) qui appelait à la manifestation du col de la Madeleine contre la prospection d’une mine d’uranium … Ecologie et régionalisme, même combat !
J’y étais ce 29 juin 1978 et j’ai même le souvenir de la polenta dégustée sous la pluie !
Tract Juin 1978 (pdf)