Ne pas décevoir, ne pas déchoir

Nobs
Alors là, je suis atterré.

La déchéance de nationalité envers des bi-nationaux qui auraient commis un crime immonde, proposition de l’extrême droite, est fermement reprise par le Chef de l’Etat : c’est une catastrophe éthique.

Le jour même, dans le Nouvel Obs, une brève indiquait que tout cela ne pouvait pas aller bien loin !                                   ═>

Je ne suis pas de ceux qui « mangent » du François Hollande plusieurs fois par semaine et tout au long de l’année …
Il a su être la hauteur de son immense responsabilité, tant après les attentats contre Charlie et l’hyper casher que pour ceux du 13 novembre.

C’est pour cela justement que la demande présidentielle, ce 23 décembre, de l’inclusion de cette disposition dans le projet de loi constitutionnelle me choque profondément.

Il ne s’agit pas ici de se penser de droite ou de gauche, ou bien de jouer d’une polémique politicienne.

Il s’agit de la République et de l’identité française, telles qu’elles se sont construites.

Devant la presse, Manuel Valls a reconnu le « caractère hautement symbolique » de cette mesure. Le politique se doit d’abord d’incarner un idéal par des décisions concrètes.
Mais, la Politique doit aussi investir dans le champ collectif du symbolisme :
faire rentrer au Panthéon telle ou telle grande figure de notre Histoire, dénoncer la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs de 1940 à 1944 (merci monsieur Jacques Chirac), célébrer la fin de la guerre d’Algérie, etc. c’est poser des actes républicains symboliques, pour marquer des lignes démocratiques et fraternelles rassembleuses pour notre peuple à l’avenir.

Et l’on peut, à contrario, soutenir des décisions d’expulsion à l’encontre de personnes étrangères ne respectant pas leur pays hôte, la France.

Mais :

  • opposer par une loi constitutionnelle, dès maintenant et pour toujours, des citoyens français mono-nationaux versus des bi-nationaux,
  • vouloir évacuer de notre société après des délits atroces (il y a des prisons pour cela) des français de naissance et-ou des français ayant acquis notre nationalité (et ces cérémonies d’acquisition sont à la fois très importantes et valorisées comme telles par le corps préfectoral et les élu-e-s ) parce qu’ils ont aussi un autre passeport,

c’est alors s’engager dans une destruction frontale de l’égalité française.

Dans notre région frontalière, particulièrement nombreux sont ceux qui, par liens et histoire familiale, ont aussi la nationalité suisse.
Et je connais nombre d’élus qui sont bi-nationaux, le deuxième pays étant très varié.
Sont-ils potentiellement moins français que moi ? Je serai donc un français + + ?

Entendre, sur France-Inter, Jacques Toubon ( et je n’étais pas radieux à sa nomination comme Défenseur des Droits ; mais, ainsi que Thomas Beckett face au roi, il a incarné sa fonction en toute authenticité), donc l’entendre s’alarmer de la négation républicaine d’une telle mesure doit inquiéter chacune et chacun.

Le pacte social républicain français est un bloc qui ne doit pas porter différenciation entre concitoyens, surtout par une loi constitutionnelle.

La déchéance ?
A l’heure d’un péril renforcé de fracturation identitaire attisée par l’extrême droite, oui, continuer dans cette voie, ce serait s’engager dans la destruction d’un constituant essentiel de notre armature démocratique et sociale, dans la déchéance du modèle français d’intégration.

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