Borly II : quel bon choix ? (1/4)

 

(1).   « Borly2 », ne pas mettre l’artisanat en opposition à l’agriculture

Je reprends ce blogue [quelle coupure…2016 !] pour clore un cycle d’articles (voir les deux précédents) sur l’agriculture et les sols. J’ai beaucoup évolué dans ma relation avec ces questions. Haut-savoyard, petit-fils (/mère) d’un forgeron qui travaillait pour les agriculteurs, neveu (/père)  d’un agriculteur-cafetier, j’ai eu un contact dès l’enfance avec le monde agricole. Mais c’est une évolution plus récente via une réflexion sur la nourriture, un cheminement via les Amap, une volonté de garder en fermage agricole quelques terrains d’héritage familial qui m’a amené à creuser plus encore ce sujet.

Je veux m’attacher ici (cet article est en 4 parties) à un cas local, la zone dite « Borly 2 », qui fait l’objet d’un ancien projet de l’Agglomération d’Annemasse pour transformer 20 hectares agricoles en zone artisanale (dénommée « Borly II » en contiguïté de la zone Borly I) avec aussi des logements prévus en lisière est.

Emplacement du projet de ZAE Borly 2 (cliquer pour agrandir)
La zone est ici entourée en rouge (elle semble figurer une tête de chien, oreilles dressées …). Cette zone n’est souvent pas connue, située en arrière de la façade de Borly 1 depuis la route Vétraz-Bonne.

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises en conseil communautaire dès 2015, puis en 2016 et 2017 de questionner le bureau communautaire d’Annemasse Agglo sur la pertinence d’un tel projet. J’ai rencontré (2015) monsieur le maire de Cranves-Sales qui a bien voulu me consacrer un temps d’échange, et aussi des techniciens de l’Agglo pour mieux comprendre « l’intérêt » du projet et la capacité de préservation d’un corridor écologique clairement identifié (Bois de Rosses Menoge)

Je suis aussi revenu lors de plusieurs commissions sur la destination de cet espace de « Borly 2 ».

Quel est l’enjeu ?

Il s’agit de terres agricoles qui sont plates et intéressantes pour l’agronomie, c’est-à-dire des qualités devenant rares en Haute-Savoie.

Un Collectif Alimentaire pour un Borly Autrement, le CABA (lien), s’est constitué qui a avancé un large argumentaire en faveur de la préservation agricole de ces terrains. Un travail constructif d’un projet a d’ailleurs été mené.
Le Caba a envoyé, fin décembre 2017, via l’Agglomération qui a fait suivre aux conseillers communautaires, un exposé de 4 pages et il a demandé à chaque élu de lui faire une réponse.

Le bureau du Conseil Communautaire a su engager une discussion (2 rencontres à ma connaissance) avec les responsables du CABA .
Pour ma part, je suis allé discuter plusieurs fois avec eux et encore ce samedi 26 mai 2018 lors de la journée naturaliste du CABA.

Bien qu’ayant déjà argumenté dans les instances d’Annemasse Agglomération et montré que je ne soutenais pas le projet actuel du bureau des élus de l’Agglo (avec qui je partage 98% des décisions par ailleurs !) j’ai estimé nécessaire de donner une réponse globale au questionnaire et de la faire ici, sur ce blogue, le sujet étant dans le débat public général.

Le dossier Borly 2 est à l’enquête publique jusqu’au vendredi 15 juin 2018. LIEN

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Les élus sont partis de données d’il y a plus de 10 ans  : le SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale, qui planifie, à l’échelle des 12 communes, un zonage par fonction) date de 2007, et fut travaillé antérieurement…  Le monde a changé, les pressions sur notre territoire aussi et les urgences plus encore…
Ils œuvrent à ce qu’ils estiment devoir porter pour maintenir efficace un territoire de plus de 90’000 habitants qui doit couvrir ses besoins, avoir une potentialité économique ne reposant pas que sur l’économie genevoise. Des artisans peinent, au prix du foncier tiré vers les sommets par le commerce, à trouver des emplacements disponibles pour une installation.

Cependant, pour ma part, le constat est clair :
– Borly fait partie de ces zones de frottement, de frictions, entre zone urbaine et espace naturels et agricoles. La pression à bâtir toujours plus du logement dans un territoire qui explose démographiquement est constante mais c’est aussi sur l’aspect commercial : le pouvoir d’achat des genevois joint à celui des français transfrontaliers a boosté une demande considérable de l’ensemble des enseignes nationales et internationales pour s’implanter et s’étendre ici. (à titre d’illustration, le Mac-Do d’Etrembières a le plus gros chiffre d’affaires de cette chaîne en Rhône-Alpes…)

Il s’agit de trouver la lucidité vitale de l’analyse politique dans cet espace champignon, où logements et commerces viennent perturber les équilibres socio-environnementaux d’un territoire soumis aux choix économiques de la métropole genevoise

Regarde les artisans et les usines tomber …
La pression genevoise, l’emballement démographique que chacun mesure et l’explosion de grandes surfaces commerciales : du pays de Gex au territoire de St-Julien (Neydens) et sur Annemasse, c’est la course aux supers, hypers et autres « drive »…
Regardons la zone artisanale d’Annemasse Ville-la-Grand (malheureusement mal calée juridiquement, elle n’aurait dû permettre que l’installation d’artisans, de garages, et magasins où l’on ne va que quelquefois dans l’année : outillages, ameublement, vêtements, appareils ménagers, …) : c’est devenu le ‘bazar’, on y trouve de tout, beaucoup de commerces alimentaires et même des bowlings, terrains de loisirs et autres. Les artisans n’arrivent plus à acheter-louer des terrains ou bâtiments à un prix raisonnable. On a vu tomber, en 12 ans, nombre d’usines ou d’entreprises artisanales. Au final, on va faire payer à l’agriculture, en bout de chaîne économique et financière, les besoins d’espace et la flambée des prix du terrain en cette zone frontalière.
C’est politiquement une erreur que, par un tel projet en 2018, mettre l’artisanat en opposition à l’agriculture alors que la problématique est ailleurs.
Une illustration symptomatique : l’usine Cuenod a été naguère remplacée par Leclerc (lien)

Conforter et renforcer l’usage actuel des terrains apparait comme une priorité :
La question agricole et alimentaire est un sujet grandissant, en Haute-Savoie, en France et dans le monde. J’y reviendrai plus en détail.

L’aspect biodiversité est aussi essentiel : il s’agit du défi majeur du Vivant, avec la question du réchauffement climatique. Il n’est pas possible de transiger sur ces sujets, du local au global, les choix essentiels sont à faire en conscience.
Un corridor écologique est répertorié réglementairement (au Schéma Régional de Cohérence Ecologique, SRCE, c’est-à-dire identifié clairement au niveau de la région Auvergne-Rhône-Alpes). L’enquête  et le rapport de l’autorité environnementale jointe aux documents de l’enquête publique, sont des textes forts et dont il ne pourra être fait abstraction. J’y viens dans l’article suivant.

Voici faite par une structure officielle, une video ‘time-lapse’ de la bétonisation des sols de l’Agglo sur 55 ans :

 

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