Borly II : quel bon choix ? (3/4)

(3). L’enjeu agricole et alimentaire

Le projet de nouvelle ZAE sur Borly au détriment de terres agricoles a suscité la désapprobation de l’ensemble des organisations paysannes : FDSEA 74, Confédération Paysanne 74, Coordination rurale 73-74.
Et la Chambre d’Agriculture 74 souhaite que le projet soit repoussé.

Car l’affaiblissement de fermes  qui perdront pour leur élevage des terrains de pâture et d’alimentation (sur le site existant) se conjugue avec la fragilisation des agriculteurs travaillant dans les environs (qui mutualisent avec les exploitants actuels du matériel, échangent l’usage de portions de terrains, etc) ce qui amènerait à aggraver, au-delà des 20 ha, la déprise pour l’agriculture locale.

Et l’évolution possible du site dans l’avenir, avec une part possible de maraîchage qui nécessite moins de surface pour sa rentabilité, se verrait définitivement compromise : en Haute-Savoie, on n’efface pas ses erreurs, on ne  déconstruit pas des bâtiments et on ne dégoudronne pas pour revenir à des terres agricoles !

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Resituons cela du contexte mondial au contexte français, puis de la Haute-Savoie à notre territoire genevois.

Le monde :

 

La population mondiale ne cesse de croître et les terrains nourriciers de disparaître… Terrible croisement des courbes que ne pourra solutionner une agriculture qui serait totalement shootée aux intrants, mécanisée et pesticidée à outrance.

 

 

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La Chine, une illustration :
J’avais évoqué en conseil communautaire, lors d’un débat « Borly 2 », l’ampleur des démarches chinoises dans le monde entier par rapport aux terrains agricoles. Cela se comprend mieux en terme de besoins avec ce graphique :

De plus la Chine travaille à faire évoluer une partie de ses terres agricoles qui sont dans certains territoires épuisés ou très pollués.
La Chine achète des terrains dans de nombreuses régions : Europe de l’Est, Chili, Brésil,  Afrique (Sénégal, Zambie, Madagascar, etc),  USA (Texas, Caroline du Nord,…),  Australie (1% du territoire !), …
En France, l’achat de terres agricoles dans l’Allier (en contournant la SAFER) a récemment fait l’objet de nombreux reportages. La faille juridique n’est toujours pas comblé.

Qu’est-ce que la Chine, le pays qui est en train de prendre la tête du monde en terme de développement économique, est en train de nous dire ?
Que les terres agricoles sont essentielles, indispensables de son point de vue à sa survie en tant que pays et pour ses habitants.
Quitte à aller prédater d’autres pays et personnes. Pour elle «L’équation est simple: la Chine compte 20 % de la population mondiale et dispose de moins de 10 % des terres arables pour la nourrir»

Voilà le contexte, la donnée de fond. Le sol est une ressource limitée, fragile et en régression forte dans tous les pays. De plus des surfaces importantes sont polluées, inaptes à l’usage alimentaire.

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France :

 

 

 

 

 

 

Bilan 2016 paru en mai 2017 dans Le Monde :
La FNSafer a constaté, l’an dernier, un bond de 22 % des ventes de biens en vue de l’extension de villes ou de bourgs. Elle estime que la surface de foncier agricole consommée par l’urbanisation en 2016 a atteint 30 000 hectares. En tenant compte des projets d’infrastructures, le total des sols artificialisés serait compris entre 50 000 et 60 000 hectares. A ce rythme, que la France n’avait pas connu depuis le début des années 2000, l’équivalent de la surface agricole d’un département disparaîtrait tous les cinq à six ans.

« Il y a 30 ans, on était autosuffisants, aujourd’hui, on importe 40% de nos fruits et légumes », alerte Raymond Girardi, vice-président du Modef (voir oct 2017 journal Sud-Ouest )

Quand il est évoqué des terres de coteau voire d’alpage, on ne prend pas assez en compte la qualité des sols : en montagne, souvent seul l’élevage est permis, mais ces terres d’alpage nécessitent d’autres terres en terrain de vallée.
Ailleurs, les sols agronomiques se raréfient, les villes étant construites près de bonnes terres servant autrefois de ceintures maraîchères qui sont maintenant les zones de frottement de la tache urbaine, la dévoreuse tache urbaine qui s’étend.
Un réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) existe qui pourrait donner d’utiles indicateurs aux documents d’urbanisme :
https://www.gissol.fr/le-gis/programmes/rmqs-34

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Haute-Savoie :
La terre, sans laquelle n’existe aucune activité, est devenue excessivement chère dans notre département :

 

 

Les artisans ont raison de se plaindre de la cherté des terrains et bâtiments disponibles.
Mais que dire de la situation des agriculteurs ? D’autant que, de plus en plus, les jeunes désireux de s’installer ne sont pas de milieu d’origine paysanne, sont certes munis de vastes compétences et de volontarisme, mais n’ont ni terrains à louer ni bâtiments agricoles en héritage.
Des outils se développent pour garder une activité avec l’appui des collectivités

 

Or, les zones agricoles sont des zones économiques à part entière !

 

Grand Genève, la situation agricole :

Des études ont été menées sur la situation de l’agriculture dans le Grand Genève, tant du côté suisse que de la zone haut-savoyarde et gessienne.
Canton de Genève :
– Production maraîchère
« Si la totalité de la production maraîchère genevoise était consommée sur place, elle nourrirait 64% de la population. Il sied toutefois de relever que les calculs présentent des résultats globaux répartis sur l’année, les aspects de saisonnalité n’étant pas pris en compte. Si la production de légumes est naturellement plus élevée en saison estivale que durant l’hiver, la demande des consommateurs est en revanche relativement constante toute l’année. »

24.05.18 – Agriculture à Genève en 2017 : baisse du nombre d’exploitations, mais hausse de celui des emplois
En 2017, 382 exploitations agricoles sont établies dans le canton de Genève, soit sept de moins qu’en 2016. En revanche, le nombre d’emplois est en hausse de 6 %, passant de 1 713 à 1 811. Un peu plus du tiers des emplois sont à temps partiel.

La surface agricole utile (SAU) s’établit à 11 249 hectares en 2017 (y compris 1 248 hectares cultivés en France voisine), contre 11 227 hectares en 2016. La surface moyenne se monte ainsi à 29,4 hectares par exploitation (28,9 en 2016).

Des retours de zones à bâtir en zone agricole ont été effectués par le canton de Calvin ou sont maintenant engagés. (Il y a quelques temps, Berne avait interpellé les services d’Antonio Hodgers concernant le manque de terres agricoles préservées par rapport à leur mise à l’urbanisation). La réglementation suisse oblige à préserver minutieusement un quota de terres nourricières.

Genevois français :

Le canton de Genève, la Genève internationale, a ainsi une proportion plus importante de terres agricoles que la partie française (qui ne peut guère convertir -tant mieux- ses espaces naturels et souvent forestiers en bonnes terres maraîchères : Voirons, Salève en grande partie, Vuache) !
Sans compter qu’une partie de la production (lait et légumes, relevant de la zone franche et du label Swissness) est vendue pour les consommateurs genevois ! Nous sommes très loin de pouvoir alimenter la moitié de la population, même par troc (du reblochon contre des oignons ou des potirons…) 😊
– Des liens pour vérifier les infos :
http://ge.ch/agriculture/media/agriculture/files/fichiers/documents/plaquette_metabolisme.pdf
https://www.ge.ch/statistique/domaines/apercu.asp?dom=07_02
http://www.grand-geneve.org/sites/default/files/chiffres_du_mois/chiffre-grandgeneve-decembre.pdf
http://www.grand-geneve.org/chiffre-du-mois/35-du-grand-geneve-en-zone-agricole

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Conclusions agricoles et nourrissantes pour notre territoire  :
– Permettre le maintien de terres nécessaires à l’élevage sur nos communes
– Garder leur potentiel écologique (cf article précédent)
– Améliorer la qualité des sols et la diversité des espaces, préparer des évolutions possibles pour certaines parties, en maraîchage par exemple.

 

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