Géothermie_Permis de Salève (5/5) – 5. Conclusions

Logo démarche nW B Au débat de St-Julien, Jacques Martelain, Directeur du service de géologie du canton de Genève, a signalé la présence, au premier rang de la salle, de son collègue en responsabilité de l’eau potable sur le canton.
D’autres hauts techniciens responsables genevois étaient présents.
La preuve que, du côté de Genève, ils ont pris très au sérieux ce projet Fonroche et le débat proposé par « La Ville est à vous ».

La culture démocratique est tout autre chez nos voisins et leur fait obligation d’explication et de relation au peuple, le souverain pour le pire et le meilleur.
Il y avait notamment, dans la salle, Michel Meyer, Responsable du programme géothermie aux SIG et Hervé Fauvain, Chef de projet environnement et eau au Grand Genève.
En fin de séance, j’ai échangé avec eux quelques instants, utiles pour moi.

J’ai été un peu déçu de la position strictement négative portée à la commission d’enquête par plusieurs personnes sensibles aux questions environnementales : au-delà du projet Fonroche, j’ai constaté des plaidoyers contre la géothermie. Croire qu’il suffirait de réduire le gaspillage, penser que nous contribuons suffisamment, avec nos barrages savoyards, aux apports français en énergie, ne montre pas une connaissance approfondie des enjeux actuels et des solidarités de territoire.
Et puis, j’aimerai bien qu’il y ait plus de monde de Haute-Savoie quand il est nécessaire d’aller manifester contre le tout nucléaire.(ex : Chaîne humaine). De plus, la mise à niveau de la sécurité de nos centrales et leur fin de vie, annonciatrice de vieillissements dangereux, vont surenchérir  le coût de l’électricité, année après année. Et augmenter la précarité énergétique de beaucoup de personnes. Il nous faut du renouvelable.

En tête de cet article, le schéma du scénario Négawatt indique que nous avons 3 axes à suivre, de manière rigoureuse dès aujourd’hui, sur les questions énergétiques : la sobriété, l’efficacité, le développement des énergies renouvelables. Je ne peux pas ici développer cette matrice, implacable dès maintenant, de toutes nos pratiques personnelles et nos politiques publiques. J’y reviendrai une autre fois.

L’irruption de cette demande de permis a servi, pour moi, de formidable révélateur de notre système économico-politique français en ce début de XXIème siècle.
Nous avons vécu l’absurdité d’une autorisation en catimini, à signer par des ministres pendant l’été, pour un permis de haute température, avec une installation qui n’a pas d’équivalent en standart industriel à l’heure actuelle. Il n’y a qu’un prototype, Soultz, qu’on a mis 25 ans à mettre au point, avec injection massive de crédits publics, mobilisation de scientifiques, participation des meilleurs corps d’Etat et d’universitaires !
Et là, approchez messieurs-dames, la société privée XY, grande spécialiste du solaire, donc d’équipements en plein soleil, va vous faire une merveille … en souterrain ! Approchez !
Un truc, à plus de 5000 m que personne du privé n’a jamais construit. Extraordinaire.

Vous pourrez donner votre opinion lors d’une consultation sur un autre projet, le même en réduction, la société XY ne pouvant cependant faire aucune démarche d’information en direction du citoyen, et l’Etat non plus.
Amusez-vous avec le document de 500 pages, téléchargeable et consultable lors de permanences.
Dans les deux cas, il s’agit de pouvoir creuser au même endroit et mettre des éléments comparables en surface … ! Pareil mais pas pareil, approchez messieurs-dames !

Imaginez : un «« responsable » » vient sonner chez vous. Il vous annonce que sous votre propriété, maison+jardin+piscine+garage, il a décidé de permettre qu’on creuse un trou tubé de 5 mètres de profondeur. C’est décidé. Pour l’instant, il n’envoie qu’un géomètre.
Néanmoins, le «« responsable » » reviendra quand même vous voir avant d’amener les machines.

Ubu-JarryMais là, tout de suite, il aimerait que vous lui signez ce papier – ie : l’enquête publique –
Il s’agit de voir comment creuser à … 3 mètres seulement.
Mais de toute façon, si vous ne le signez pas, le responsable vous informe qu’il pourra le faire quand même !
 Et puis il vous rappelle que, de toute façon, pour le tube à 5 mètres, c’est décidé !

Père Ubu, je vous fais grand maître de l’ordre de la Gidouille…

Et la France serait le pays de Descartes

Je salue l’interpellation immédiate, en juillet, par Martial Saddier de la ministre de l’environnement.
Oui, en matière de géothermie, je suis un peu saddieriste ….

lettre M saddier à ségo

1. Le code minier – l’Etat :

L’absurdité des procédures, la toute puissance du corps des mines sans articulation avec les échelons locaux sont bien documentés maintenant.
Cette « refonte » du code minier, elle est nécessaire, chacun en convient.
Elle est bloquée depuis décembre 2013 dans un tiroir ou un carton de l’Assemblée nationale… !

Et le paysage global de l’action de l’Etat n’est pas fameux : la France ne cesse de se chercher dans tout son équilibre politico-économique. L’Etat semble se livrer chaque jour davantage aux puissances financières plus qu’industrielles. Il transfère mal ses pouvoirs à l’Europe, mal aux régions.
Il n’a plus les moyens de faire son travail sur les routes (non plus nationales mais devenues départementales, les autoroutes étant par ailleurs privatisées !), sur la culture (il faut que les collectivités locales portent à bout de bras une politique en ce domaine), sur l’environnement : la gestion des cours d’eau n’est plus à la portée exclusive de l’Etat (et il se permettrait d’accorder à un privé un permis exclusif !). Ainsi le SM3A porte de plus en plus la politique nécessaire pour l’ensemble du bassin versant de l’Arve et de ses affluents, devant s’occuper même de l’air (volet air-bois du PPA).

Fort bien. Nous sommes dans un entre-deux.
. L’Etat devrait donner une part claire au local.
. L’Etat devrait prendre une place forte, fédérative et partageuse.
. L’Etat est nécessaire, garant de procédure de qualité, de politique cohérente de territoire, de justice entre les différentes régions.
Il faut qu’il définisse plus clairement le rôle de chacun. Le vieux code minier ne peut rester bloqué.

Territoires et Etat devraient coopérer pour des projets les plus pertinents possibles. Allons-y.

2. Les conflits environnementaux
Dans tous les pays, les questions sociales et les affrontements de classe perdureront, ils sont fondamentaux sur la recherche de l’équilibre du vivre ensemble, contre la prédation et l’accaparement par quelques-uns.
Mais les conflits les plus importants à venir seront environnementaux.
Ils le sont déjà.
En Chine, les contestations les plus aigües s’expriment sur le sujet des barrages, de la pollution de l’air, de la dévastation de territoires (mines)
En Amazonie et ailleurs en Amérique du sud, mais aussi en Turquie (parc Gezi) les affrontements se sont faits autour de projets d’aménagements refusés par une large part de la population et qui, par-delà le sujet précis, cristallisent les mécontentements.
En France, des projets absurdes, pensés il y a 10 ans ou 20 ans (Barrage de Sivens, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, etc) sont des affronts à l’intelligence.

Ne créons donc pas de conflit inutile sur ce sujet de la géothermie, mais faisons que l’on ne braque pas la population par des procédures iniques et des démarches inadéquates par rapport au territoire.

Le GIEC vient de publier son 5ème rapport : il confirme le changement climatique, il alerte sur l’engagement nécessaire dans les alternatives pour freiner ce changement et développer l’adaptation à la mutation qui vient.
Le local, le territoire a dans ce domaine un rôle primordial à jouer. C’est en développant ses capacités de résilience, qu’il pourra surmonter des difficultés à venir : fourniture en eau de qualité, ressources énergétiques essentiellement locales, approvisionnement alimentaire facilité, modalités de déplacement multipliées, etc

Donc, je l’ai montré précédemment, la géothermie, source locale (indigène) d’énergie est une voie où il faut résolument s’engager.
Pas n’importe comment, car c’est une impulsion nouvelle (chaire de géothermie industrielle créée, pour la première fois en France, en mai 2014, à Strasbourg).
Les populations et leurs élus doivent être associés.
En Alsace, les projets se construisent dans la coopération entre puissances publiques et privées, françaises et allemandes.
Il nous faut ici un projet de bassin géologique et de bassin de vie, transfrontalier.

Il s’agit aussi en France de développer de nouvelles démarches et industries dans les énergies renouvelables (et Fonroche est légitime en cela)
Nous aurons ainsi des nouveaux processus industriels qui n’auront pas que des avantages mais dont il convient d’apprendre à éviter les écueils. Et il s’agit aussi, en France, d’avoir des filières de pointe, des emplois de qualité, du travail donc.

Que répondre à l’enquête
Le malaise des élus, pas plus outillés que n’importe quel(le) citoyen(ne) pour répondre dans les délais impartis à l’enquête, a clairement balisé pour moi ce qu’il faut exprimer.
Dire oui est impensable.

– Bonneville a dit non
– le SM3A : non
– Reignier (communauté Arve et Salève) : oui, cependant
– Annemasse : si et seulement si
– Annemasse Agglo : à condition, peut-être
– CC genevois (St -Julien) : oui, avec réserves

Dans tous les cas, les votes se sont divisés, sans recouper des clivages partidaires habituels.

Des arguments d’élus restent complètement hors réalité sur cette phase du permis : « oui, moi, je voudrais savoir… » En gros, nous allons accéder à une connaissance sur notre sous-sol..
Non ! Pas « nous » !
Fonroche oui, et c’est normal, il n’y aura que lui qui aura mis de l’argent dans l’exploration.

D’ailleurs, le seul moment de gêne dans l’exposé du responsable de Fonroche aux élus intéressés (séance sollicitée par les élus) a été au moment de répondre à une question sur ce qu’il ferait de toute la connaissance acquise en forant pour explorer.
Hésitation visible. « Nous restons propriétaire de l’ensemble des connaissances acquises. Des éléments sont donnés au BRGM. »

Eclairage transfrontalier
Il n’est pas inutile de parcourir le communiqué de presse édité pour le lancement du programme genevois, Géothermie 2020 (10 juin 2014)
Ce document (pdf)  rassemble les interventions de Antonio Hodgers, Luc Barthassat, Robert Borrel, Jacques Martelain et Christian Brunier (SIG). C’est très bien ce que communique M. Borrel.
Oui, en matière de géothermie, je suis aussi un peu borreliste ….

Alors, au final ?
J’ai porté, ce mardi, un avis défavorable à la délivrance d’un permis exclusif sur la zone délimitée.
Si la commission d’enquête publique, devant la diversité et indubitablement la méfiance majoritaire qui s’est déjà exprimée, se prononçait néanmoins favorablement, nous serions dans une situation classique actuellement en France,  qui n’est pas exemplaire en démocratie consultative

Il faut cependant reprendre le projet.
A l’enquête, dire non de manière argumentée au permis exclusif, c’est:
– donner un avis défavorable à cette date compte-tenu des incertitudes multiples relevées précédemment.
– dire oui au développement de la géothermie dans le respect des autres contraintes pour la nature et les Hommes
– porter de manière forte le débat sur une nouvelle architecture du code minier et des articulations Etat-territoires-populations
– se donner une année supplémentaire pour rassembler, rassurer, conforter un dispositif pertinent et viable économiquement.
– développer le projet de communauté transfrontalière de l’énergie, qui pourra alors prendre des accords de permis avec Fonroche par exemple.

La chaleur géothermique ne va pas disparaître !
Un an de réflexion de mise en commun, d’articulation transfrontalière, d’information à toutes et tous …, voilà de quoi faire mieux, de quoi faire bien.

A lire ici : « Une ressource à partager
De par sa nature, la ressource géothermique ne connait pas de frontière et sa gestion doit être coordonnée au sein du Grand Genève. Afin de favoriser cette coordination, la commission environnement du Comité régional franco-genevois (CRFG) a décidé, le 12 mai 2014, de créer une Communauté transfrontalière de l’énergie. Cette démarche vise à structurer les échanges et créer une dynamique territoriale dans le domaine de l’énergie, avec la géothermie comme priorité. »

Geomol prospection

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Pour ceux qui n’ont pas encore donné leur position, c’est encore possible par courrier ou par courriel, si cela arrive avant le mercredi 12 novembre, à midi :

– par correspondance à l’adresse postale du pôle administratif des installations classées de la direction départementale de la protection des populations de la Haute-Savoie (PAIC/DDPP)
15 rue Henry Bordeaux
74998 ANNECY cédex 9 
– par voie électronique à l’adresse suivante : ddpp-enquete@haute-savoie.gouv.fr