Le jour du « dépassement »

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Le jour 2014 du dépassement approche.
Vers la mi-août, nous atteindrons la date où l’humanité a épuisé le budget de la nature pour l’année. Pour le reste de l’année, nous allons aggraver notre déficit écologique en puisant dans les stocks de nos ressources et en continuant d’accumuler du dioxyde de carbone dans l’atmosphère.
Cet indicateur a été créé par un réseau d’associations et de scientifiques, le Global Footprint Network (Réseau de l’empreinte écologique globale) : il mesure ainsi la demande de l’humanité face à l’offre des ressources naturelles et des services écologiques renouvelables.
Et ces données donnent d’autant plus à réfléchir que la date est de plus en plus précoce, année après année.

Ce réseau associatif précise :

« Pendant la majeure partie de l’histoire, l’humanité a utilisé les ressources de la nature pour construire des villes et des routes, pour fournir de la nourriture et créer des produits. La nature arrivait à absorber nos dioxydes de carbone, c’était bien intégré dans "le budget de la Terre ".
Mais au milieu des années 1970, nous avons franchi un seuil critique : la consommation humaine a commencé à dépasser ce que la planète pourrait reproduire. »

Selon les calculs de Global Footprint Network, notre demande de ressources et des services écologiques a, depuis 2008, un rythme moyen équivalent à celui de plus de 1,5 planète Terre.

Le fait que nous utilisons, ou plutôt dépensons, notre capital naturel plus vite qu’il ne peut se reconstituer est semblable à une dette, une dette écologique qu’il n’est pas possible de rembourser et qu’il nous faudrait absolument réduire progressivement. Au contraire de la folle logique actuelle.

En termes planétaires, les coûts de notre endettement écologique sont de plus en plus évidents : c’est le changement climatique, résultat de l’effet de serre.
Mais il y a d’autres constats indéniables : le recul de la forêt, la perte des espèces, l’effondrement de la pêche, la pression sur la quantité et la qualité des ressources en eau potable, la tension sur les ressources énergétiques.

Le Jour du dépassement de la Terre est une estimation, pas une date exacte. Mais l’évolution du modèle scientifique et méthodologique utilisé persiste à montrer une tendance constante : la dette s’aggrave.

empreinte ecoloPour comprendre simplement l’empreinte écologique, on peut évoquer Robinson Crusoé sur son île.
Si Robinson coupe et/ou brûle (fabrication d’objets / cuisson des aliments / chauffage / plaisir du feu qui crépite le soir…) davantage de bois qu’il ne peut en pousser annuellement sur l’île, même en replantant, il pourra certes tenir quelques années, insoucieux des signaux que lui donne la nature. Il va progressivement épuiser "le capital bois " disponible. A consommer plus que la nature ne peut lui rendre, à ne pas tenir compte de la dette qu’il se crée, il va finir par se trouver dans un désert.  C’est aussi valable pour sa gestion de l’eau douce, etc.
L’ensemble de ces impacts constitue l’empreinte écologique de Robinson sur son île. Et s’il trouve une femme (et non pas Vendredi…), il faudra que sa famille et ses enfants, globalement,  ne prélèvent pas plus que la nature ne peut leur rendre.

Notre île, c’est la Terre. Actuellement, nous consommons plus que la planète ne le permet. Et un américain bien plus qu’un suédois, le Qatar, bien plus que la Tunisie !
Un jour, certains le rêvent, il faudra aller coloniser d’autres planètes. Le problème, c’est qu’on n’en connaît pour l’instant aucune adaptée à l’espèce humaine….

C’est la difficulté actuelle de tendre, radicalement, vers des modes plus économiques de nos ressources et de notre consommation.

– d’utiliser et développer vigoureusement des sources d’énergies renouvelables pour garder un niveau de confort satisfaisant même s’il va falloir être beaucoup plus sobre. D’où l’enjeu de ce qu’il est convenu d’appeler la Transition énergétique.

– de ne pas faire des villes qui mangent les espaces ruraux : notre Haute-Savoie a subi, en quarante ans, un mitage du territoire et des zones agricoles considérable. La Suisse, petit pays, a toujours eu des normes plus cadrées pour la construction de tout édifice. Un responsable politique helvète, m’avait dit, il y a quelques années, son étonnement à voir l’étalement des usines en vallée d’Arve : parkings démesurés, bâtiment en surface plutôt qu’en hauteur : un équipement équivalent suisse occupe la moitié de l’espace constaté en France ! C’est une différence considérable. Et alors que les terres en fond de vallée étaient les plus fertiles…
Archamps possédait, dit-on, les meilleurs terres maraîchères du département. Du côté de Bossey, il est possible de voir que cela continue ; à Archamps, on a fait des cinémas à la campagne… La folie !

– La voiture ne peut pas tout envahir (et entraîner une congestion de la mobilité !) : il faut développer une mobilité plus collective et plus douce (train, tram, bus, vélos, marche, …)

– Nos aliments ne peuvent continuer à venir pour l’essentiel de pays lointains, par camions (et bateaux) grâce à un pétrole polluant et émetteur de carbone, ce que tout le monde accepte car, pour l’instant, tout va bien…. (et que le pétrole n’est pas si cher que ça…)

La consommation locale et le renforcement des cohérences économiques de proximité sont essentielles. Il ne s’agit pas de revenir à une autarcie mais de faire un usage raisonné des ressources lointaines.  Il restera à faire venir, par exemple, des bananes et du café, mais pas les pommes du Chili, les fraises du Maroc, les raisins d’Afrique du Sud, les moutons de Nouvelle Zélande alors que tous ses produits sont disponibles ‘localement’ en quantité en choisissant la bonne saison et sans entamer le capital écologique dont nous disposons.

Individuellement nous pouvons nous déplacer autrement, consommer différemment (AMAP, producteurs locaux, vente directe, restriction des protéines animales), éliminer les gaspillages énergétiques et utiliser des ressources énergétiques différentes.
Et le travail des élus c’est d’aider au développement de telles bases économiques.
C’est une des orientations de la municipalité d’Annemasse.

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Cette méthodologie de l’empreinte écologique (et de la biocapacité) est applicable pour cerner sa consommation personnelle, pour évaluer un dispositif technique, pour situer une filière de production, etc.
C’est un indicateur agrégé, certes imparfait et qui nécessite encore des améliorations méthodologiques, mais qui donne une représentation facilement compréhensible des défis écologiques actuels. Elle a aussi donné lieu aux différents types de ‘bilan carbone’.

– Une explicitation pédagogique par le WWWF belge :

– Pour calculer son empreinte écologique personnelle, avec des variantes de critérisation : par exemple, en ligne à cet endroit ou différemment en ligne aussi, là.
Ou avec la cité des sciences. Maintenant, si vous êtes un jeune québécois

– Cet indicateur est une entrée fondamentale pour penser notre modernité et ses défis. Il est pleinement utilisé par différentes universités et chercheurs.
    -*- Un exemple en Suisse
    -*- Au niveau des pays de la francophonie, un excellent document (pdf) à télécharger.

 

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