OMS : Annemasse, 3ème plus polluée de France / 1. Constats

Le communiqué de l’Organisation Mondiale de la Santé, repris par la presse, et notamment le Dauphiné Libéré du jeudi 15 mai, a fait l’effet d’une bombe puante lancée dans le splendide air vivifiant de Haute-Savoie ! Surtout contre « Annecy, son lac pur et son air pollué » (Annecy est classée 2ème ville de France la plus polluée)

La réaction de sonDL maire, JL Rigaud, est apparue incroyablement vide de projet et même à contre sens : « le tunnel sous le Semnoz va améliorer la protection de l’atmosphère » !
Martial Saddier dit, lui, qu’il ne faut « pas agir seulement sur la Vallée de l’Arve mais sur tout le département. » Un tacle contre le CG 74, longtemps uniquement préoccupé de développer les routes et le transport individuel ?

Et Annemasse, 3ème sur le malheureux podium !

Qu’en est-il tout d’abord de cette étude OMS ?

Le communiqué de l’organisation internationale, le 7 mai 2014 rappelle que la base de données OMS sur la qualité de l’air des villes porte sur 1600 villes dans 91 pays.
Villes : on n’y trouvera donc pas la vallée de l’Arve, de Bonneville à Chamonix (la capitale du Mont-Blanc, montagne et air pur…), l’endroit le plus touché en pollution par les poussières dans notre département.

Elle cible la pollution par les particules (PM10 « Particulate Matter » en anglais, de 10 micromètres) qui, inhalées quotidiennement, provoquent progressivement  de sérieux dégâts dans les voies pulmonaires et le système cardio-vasculaire. (L’ozone et le NO2 sont deux autres polluants très surveillés et régulièrement en excès en Haute-Savoie, comme ailleurs) Tous ces polluants ont un effet encore plus marqué sur les bébés et les enfants dont le système respiratoire et vasculaire n’est pas à maturité. Ne parlons pas des personnes fragiles sur le plan respiratoire.

J’ai téléchargé les données de l’enquête (en anglais) depuis le site de l’OMS.
Première surprise lors de la consultation de l’ensemble des villes françaises par l’ordre alphabétique :
il n’y a pas Annemasse !! [Cliquez sur l’image pour l’agrandir]Tableau OMS-AlphaC’est en triant par importance de la pollution,  que le nom d’Annemasse apparaît.
Jugez en plutôt :

tableau OMS extrait

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

C’est donc à ‘G‘ que l’on peut trouver Annemasse : Genève-> Annemasse.
Le Grand Genève existe pour l’organisme international ! Contrairement au nuage de Tchernobyl, il semblerait que les particules ne respectent pas la douane …   🙂
L’OMS  devrait l’expliquer au peuple genevois :  ce dernier vient de voter à 51,1% contre les P+R co-financés, préférant que les diesels viennent polluer jusqu’au cœur de Genève. (1)

Donc, Genève-Annemasse est N°3 tandis que Genève-Genève est à la 27ème place dans le classement que j’ai effectué en mixant France et Suisse …

Points méthodologiques qui posent question :

– C’est l’année 2011 en général qui a été étudiée (et pas des séries annuelles). Ce n’est pas forcément significatif et comparable pour toutes les régions de France et du monde, suivant les conditions météo : rien de mieux que de bonnes pluies dans une région pour plaquer au sol les matières et faire tomber le taux de particules à zéro !

– Il est indiqué que pour Genève-> Annemasse une seule station a servi : laquelle ?  Sur l’Agglomération d’Annemasse, il y a 2 stations de capteurs : l’une à Gaillard, l’autre à Annemasse. Certes, elles marquent souvent peu de différence dans les données relevées, mais le delta existe suivant les pollutions et suivant les heures. Parions cependant sur Annemasse-Annemasse. 😀

– Surtout, l’étude de l’OMS indique le taux de PM2,5 : les particules quatre fois plus petites que les PM10 et plus dangereuses car aucun « filtre » humain ne nous en protège  : elles arrivent facilement au fond des alvéoles pulmonaires et passent directement dans le sang.
Or nous n’avons pas de capteurs en continu pour les PM2,5 : ni à Gaillard, ni à Annemasse.
Il est probable que l’OMS ait plutôt fait un calcul d’ordre mathématique. On estime que  75% de la masse  des particules détectées en PM10 est composée par les PM2,5 . En appliquant le taux de 3/4 sur le chiffre donné par les capteurs, cela permet de donner une approximation du taux de PM2,5.
Ces satanées micro-poussières sont vraiment infimes :  il faut en aligner, côte à côte, 400 pour faire un « rail »  de particules (pas de cocaïne…) de 1 mm ! Et invisible ! Pas de quoi donner envie de sniffer…

Tout cela étant posé, il faut le prendre au sérieux, car la réalité est tenace : le taux de particules dans l’air de l’agglomération d’Annemasse est trop élevé et ce, de manière continue.

D’ailleurs, on peut considérer que les villes des tableaux ci-dessus ont des niveaux de pollution assez proches, même classées au-delà de la trentième place franco-suisse.

 Quelles origines pour ces particules en suspension dans l’air :

Les études ne manquent pas. Elles distinguent en général 3 sources principales (j’enlève Agriculture-sylviculture, peu prégnant dans le Grand Genève)  : le chauffage, la circulation et les industries au sens large. La part de chacune dans le cocktail des émissions peut varier suivant l’emplacement géographique.
Pour la circulation, c’est surtout le diesel qui est le grand pourvoyeur, tant les voitures que les utilitaires (nombreux sur l’agglo d’Annemasse) et les camions. Il faut noter aussi le frottement des pneus, des plaquettes de freins, etc.
Le chauffage : notamment par les appareils individuels au bois, en foyer ouvert, qui sont de très gros pourvoyeurs ! C’est ce qu’ont montré plusieurs études tant françaises que suisses. D’où le volet du Plan de Protection de l’Atmosphère dans la vallée de l’Arve qui, avec une caisse financière abondée par l’ADEME (et un peu par les collectivités) donne une prime de 1000 euros de reprise d’un ancien appareil pour l’achat d’un appareil à foyer fermé et filtre, labellisé ‘Flamme verte’.
Les industries sont à l’origine d’émissions de particules suivant les processus en œuvre. Cimenteries et carrières sont très émettrices.

Ajoutons pour la Haute-Savoie que l’encaissement de la vallée de l’Arve, la cuvette d’Annecy et la cuvette genevoise sont propices à maintenir dans l’air les particules qui ne sont pas évacuées.
Et l’hiver, le phénomène bien connu d’inversion thermique (le soleil chauffe au-dessus alors que le sol est froid, donc l’air en contact, plus lourd) accentue le phénomène. L’air ne se renouvelle pas, augmentant les taux de particules en suspension.
On souffre alors du smog,  très présent en Haute-Savoie, smog humide et chargé de particules, qui conduit, le dimanche, de nombreuses familles à  prendre … la voiture pour aller au dessus de 800 m chercher le soleil et un peu d’air sain.

L’OMS rappelle que, en avril 2014, elle a publié de nouvelles données
« estimant que la pollution de l’air ambiant était responsable de près
de 3,7 millions de décès de personnes de moins de 60 ans en 2012
».
En soulignant que « si l’on considère à la fois la pollution de l’air
extérieur et intérieur (2 ) , celle-ci figure parmi les risques les plus
importants pour la santé dans le monde.
»

« Nous pouvons gagner la bataille contre la pollution de l’air et réduire
le nombre de personnes souffrant de maladies respiratoires et cardiaques
mais aussi du cancer du poumon», a déclaré le Dr Maria Neira, Directeur
chargée de la santé publique et des déterminants sociaux et
environnementaux de la santé à l’OMS. «On sait quelles sont les politiques
et stratégies efficaces mais elles doivent être mises en œuvre à une
échelle suffisante.
Des villes comme Copenhague et Bogotẚ, par exemple, ont amélioré
la qualité de l’air en encourageant les modes de transport actifs et
en donnant la priorité à des réseaux dédiés de transport public
urbain, à la marche et au vélo.
»

Suite, dans le prochain article, sur ce qui est engagé sur l’Agglo et sur ce qui pourrait encore être fait pour limiter les dégâts sur notre santé sur d’autres éléments de contexte.


(1)
Votation genevoise :
Une majorité de communes ont voté pour, mais c’est seulement 48,9% du peuple qui ont approuvé : échec.
Les enfants de cette agglo continueront à être pénalisés dans leur santé par les conséquences de tels choix.
Mais il ne faut pas, de ce mauvais vote, remettre en cause la démocratie directe : il va falloir mieux expliquer, à toutes et tous, les enjeux du Grand Genève.
Et si la lecture du rapport OMS était obligatoire …
(retour au texte)

loi P+R refusée

(2)
Air intérieur :
En France, une loi a posé un cadre pour le suivi et l’amélioration de la qualité de l’air Intérieur. Le 1er janvier 2015, chaque lieu d’accueil des enfants de moins de 6 ans doit subir un contrôle de la qualité de l’air. Et enclencher des démarches d’amélioration.
Les travaux de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) montrent la présence dans l’air intérieur de nombreux polluants, en concentration parfois élevée, comme le monoxyde de carbone (CO), des composés organiques volatils (COV), les phtalates, les particules fines, le formaldéhyde, les moisissures et les allergènes.

En réunion de service urbanisme-bâtiments, les élus d’Annemasse ont validé la campagne de mesures qui aura lieu au mois d’octobre 2014 dans chaque école maternelle et crèche de la ville.

En 2018, de par la loi, seront concernées les écoles élémentaires.
En 2020, collèges, MJC etc.
(retour au texte)