Savoie : une racine incontestable

600ansC’est le 600ème anniversaire du Duché de Savoie :
Le 19 février 1416, l’empereur Sigismond élèvait Amédée VIII, Comte de Savoie, au rang de Duc de Savoie.

C’était la reconnaissance d’une dynastie qui avait progressivement rassemblé, en cohérence, un territoire de part et d’autre des Alpes, contrôlant passages, vallées et cols.
Au-delà de l’aspect monarchique dont il faut savoir se détacher, se souvenir de notre Histoire, c’est aussi rappeler une manière de vivre marquée par l’enracinement montagnard et une fierté alpestre qui a fédéré ses habitants.
Duc


Amédée VIII (1383-1451) eut un parcours singulier, puisqu’il fut ensuite évêque, cardinal et … pape (anti-pape) !



Ses descendants croisèrent par mariage, la royauté française et ils continuèrent l’ambition ancestrale, en devenant rois de Sardaigne, et roi d’Italie.
La Savoie, devenue française en 1860, revint donc d’une tutelle transalpine mal assurée (c’est seulement en 1861 que fut créé le royaume d’Italie !) à la monarchie de Napoléon III puis à la centralisée République Française.

J’avais évoqué il y a un an ce sujet : voir ici.

Les 600 ans sont l’occasion d’un colloque à Chambéry.


Laïcité : 9 décembre… en janvier !

Lors de la réunion mensuelle de travail entre élus et services du pôle espaces publics, le sujet de la plantation d’un arbre, à l’occasion de la COP21 (action proposée par l’association des maires) fut abordé en octobre. Un élu suggéra que l’on marque aussi les 110 ans de la loi de 1905, portant séparation des églises et de l’Etat, et que l’on plante également un arbre à cette occasion.
Un arbre c’est bien, deux arbres, c’est mieux !

Le principe fut ensuite validé en municipalité par le maire, pour un arbre fruitier dans un parc et un arbre d’ornement dans une école, en laissant faire les choix aux excellents services Parcs et Jardins de notre commune.

    • Le 25 novembre, dans le cadre d’un arbre pour le climat, c’est un pommier qui fut ainsi enraciné au Parc Olympe de Gouges.
    • Le 9 décembre, devait se dérouler la plantation d’un bel arbre d’ornement : date anniversaire de l’adoption du texte de 1905, texte porté par Aristide Briand et défendu par Jean Jaurès, qui a permis d’apaiser largement des tensions fortes entre les religions et le pouvoir d’Etat (clarification essentielle dans un pays aussi divers que la France) ainsi qu’entre religions elles-mêmes (sans remonter aux guerres de religion, encore au XVIIIème siècle, des protestants ont été enterrés dans leur propriété, n’ayant pas leur place au cimetière catholique du village).
Annemasse n’est pas la première dans le département, le maire d’Annecy ayant marqué à plusieurs reprises le 9 décembre de cette manière.

Malheureusement, le 9 décembre 2015, cela tombait pendant les élections régionales, pour lesquelles le maire d’Annemasse était candidat : l’Education Nationale indiqua, tardivement, que le devoir de réserve des institutions de l’Etat ne permettait pas de faire cette cérémonie dans une école d’Annemasse à ce moment là.

photo 56BISLa plantation fut donc reportée à janvier, à l’école Jean Mermoz, en présence de l’inspectrice de l’Education Nationale et du Directeur départemental des services académiques, avec l’engagement du directeur de l’école et d’enseignantes.
Le Tulipier de Virginie planté ce jour-là offrira à tous ses feuilles singulières, d’un vert marqué au printemps et, à l’automne, sa silhouette dorée, toujours plus forte, pour des centaines d’années.
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Mai 2015 – Mai 1945

LOGO RAvec la fin de ce mois de mai se sont achevées les commémorations du temps des Jours Heureux, il y a 70 ans : la fin de la guerre en Europe et le retour des camps des déporté(e)s, l’élan vers une démocratie sociale.

Au niveau national, ce sont quatre anciens résistants qui sont entrés au Panthéon le jour anniversaire du 27 mai (date retenue comme célébrant la Résistance : le 27 mai 1943 se réunissait sous l’égide de Jean Moulin, et pour la première fois, le Conseil National de la Résistance. Il s’agissait d’unifier l’ensemble des grands réseaux de Résistance, d’assurer la présence des syndicats qui avaient recommencé les luttes et d’adjoindre les partis politiques non collaborationnistes. Tous reconnaissant la primauté du général De Gaulle à représenter la France Libre. Le CNR : L’Unité résistante !)

Le Panthéon a sur son fronton l’inscription « Aux grands hommes la Patrie reconnaissante ».
Et Jean Zay tout comme Pierre Brossolette sont suffisamment admirables pour que leur panthéonisation soit indiscutable.
Affiche rouge
En ces temps de haine de l’étranger, il eut cependant été judicieux d’en faire entrer un dans ce temple de la reconnaissance et de l’exemplarité, un de ces étrangers au cœur si français.
Nous savons le rôle essentiel des maquisards Espagnols républicains des Glières, et du nombre important d’italiens antifascistes dans la Résistance en France.
Ainsi que des hongrois, des polonais, des allemands antifascistes, etc.
Missak Manouchian aurait toute sa place au panthéon des Grands Hommes.

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Aux femmes admirables, la patrie reconnaissante ?
Il faut saluer l’initiative de rendre hommage à deux femmes, Germaine Tillon et Geneviève Anthonioz- De Gaulle. Elles ont résisté contre les nazis et elles ont continué à porter de forts engagements dans la société française, sur la question coloniale en Algérie, pour les pauvres et la dignité de tous.
Geneviève Anthonioz-De Gaulle disait : « Au fond, entre la Résistance et ATD Quart-Monde il y a un chemin commun : le refus de l’inacceptable ».

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Annemasse a honoré de manière remarquable ces 70 ans, sous la conduite de Nabil Louaar et Sophie Fradet, en charge alors comme élus du devoir de mémoire.
– Conférences : Témoignage de Noëlla Rouget (ancienne déportée), intervention de M.et Mme Eric Monnier (présentation de leurs travaux de recherches sur le retour des femmes des camps de concentration et de leur livre « Retour à la vie »), exposé de Robert Amoudruz et Guy Gavard sur Annemasse en 1944-1945
– spectacle fort, « Chronique d’un enfer », (suivi d’un échange avec Walter Bassan, président national de la FNDIRP)
– exposition dans le hall de la mairie dont un panneau spécifique sur Annemasse
– invitation à Marie José Chombart de Lauwe à donner son témoignage de déportée à Ravensbrück.
Le rôle de la gare d’Annemasse comme premier lieu de retour en France de déportées – dont Geneviève De Gaulle – a été donné à la connaissance de tous. Bien peu savaient ce rôle. Et le témoignage de Marie José Chombart de Lauwe, à la salle des conférences, fut remarquable. Elle aussi est revenue de l’enfer, elle a remis le pied pour la première fois en France, à Annemasse.
Grand officier de la Légion d’Honneur, Directeur de recherche honoraire du CNRS, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, elle est une des dernières grandes figures de la Résistance encore en vie. Dès 1940, à 17 ans, elle était entrée dans la Résistance, avec sa mère. Elles furent arrêtées en mai 1942.
« Marie-Jo » est déportée en Juillet 1943 au camp de concentration de Ravensbrück, où elle rencontre justement Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz,
Elle a connu aussi Mila Racine magnifique résistante, morte à 24 ans à Mauthausen, pour laquelle elle a dit son admiration sur son attitude en déportation.

Elle explique aux jeunes qu’elle a résisté à leur âge parce qu’elle a vu “Liberté, égalité, fraternité” remplacé sur les frontons de nos mairies par “Travail, famille, patrie”. »
Il y aurait beaucoup à raconter sur son parcours. Voir ici par exemple.
Livre Marie-Jo C d L

Elle vient de publier un livre qui paraissait en librairie le jour même de sa venue à Annemasse et que je me suis empressé d’acquérir.
L’ayant convoyée et accompagnée durant son séjour, j’ai eu droit à une dédicace qui m’a fait très plaisir.

Résister toujours…Dédicace360







8 mai, Pas de vergogne, l’extrême droite!

LogoNous avons commémoré les 70 ans de la fin de la terrible deuxième guerre mondiale, et la cérémonie à Annemasse a été rehaussée par la lecture de textes de qualité par des jeunes collégiens et lycéens.
Et à Paris même, ce 8 mai, ce sont des jeunes du lycée annemassien des Glières qui recevaient, avec leur professeur, M. Olivier Ramires, le premier prix du concours national de la Résistance pour leur film. On peut voir cette vidéo ici : « Annemasse, retour vers la République » (30′).
Et ils furent aussi accueillis dans le Grand Journal de Canal+ : voir ici.

Cette guerre (qui va se continuer en Asie jusqu’à la reddition du Japon, le 2 septembre 1945) laissa en Europe un bilan sans équivalent dans l’Histoire, avec cinquante millions de morts militaires et surtout civils sur notre continent (évaluation : 400.000 Américains, 400.000 Britanniques, 600.000 Français, huit millions d’Allemands, près de vingt millions de Soviétiques, les millions de déportés, etc).

La capitulation de l’Allemagne nazie est la défaite totale d’une vision politique raciste et expansionniste.
L’installation et la montée en puissance, au cours des années 1920 à 1939, en Italie, en Allemagne, en Espagne, de régimes fascistes et militaristes, a permis la mise en place, au cœur de l’Europe, du plus incroyable système de ségrégation reposant sur la xénophobie puis l’extermination des « autres » : cette question n’est pas un détail de l’histoire, bien au contraire, c’est la matrice du système nazi.
Et cela détermina aussi la structuration progressive du régime de Vichy, Pétain faisant dès le début promulguer des lois antilaïques ségréguant les juifs français, puis déportant les juifs étrangers, puis tous les juifs.
Ces collabos vichyssois qui ne parlaient que de « défendre la France et les français », ne cessaient de se soumettre à l’Allemagne hitlérienne, de pourchasser les Résistants et de dénoncer les « étrangers », main dans la main avec les nazis.

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Olympe de Gouges

Elle fut une femme majeure, animée d’élan politique : elle devint une ardente républicaine sous la révolution, mais elle s’opposa à la condamnation à mort de Louis XVI.

Olympe de Gouges publia en 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui lui assura la place de première féministe de l’Histoire de France. Le projet fut refusé par la Convention.

Elle était un esprit étonnant, une femme pour qui le mot engagement avait un sens plein et entier.
Elle finira guillotinée en 1793, à 45 ans.
Citons quelques-uns de ses combats :
Elle milita contre l’esclavage, le Code Noir de Louis XIV et l’oligarchie colonialiste et esclavagiste. Elle écrivit d’ailleurs une pièce de théâtre (elle avait monté une troupe qui se produisait dans la région parisienne) intitulée L’esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage.
Elle plaidait pour un impôt patriotique (il fallut attendre J. Caillaux pour instituer, au XXème siècle, un impôt progressif sur le revenu global)
Elle plaida pour créer un divorce légal ce qui fut fait.
Elle défendit des droits sociaux pour les femmes et la création de maternités.

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Savoie, sillon humain dans le temps et l’espace

SavoieJe suis de ce territoire, la Savoie.
C’est un bien légué, pas un choix. Mais bien assumé.
Deux départements regroupent l’essentiel de cet espace.

C’est une région singulière, montagnarde, pont entre Italie et espace français, mère d’eaux : lançant des torrents qui depuis les glaciers alpins rejoignent le Rhône ; accueillant des lacs, Bourget, Annecy et ouverte sur le Léman.

Nous sommes entrés, la semaine dernière, dans la 600ème année de la reconnaissance forte de ce territoire : le 19 février 1416, le Comte de Savoie, Amédée VIII,  était fait Duc de Savoie.250px-Hundred_years_war_france_england_1435
A l’époque le Duc de Bourgogne, Jean sans Peur, concurrençait le roi de France.
Face à lui, le Dauphin Charles VII (celui de Jeanne d’Arc) dut se réfugier à Bourges, en 1418….
Et la Maison de Savoie était une nation souveraine.
L’empereur Sigismond Ier, en érigeant le 19 février 1416, le Comté de Savoie en Duché de Savoie, lui offrit une autonomie politique sans précédent. Les successeurs d’Amédée VIII de Savoie porteront désormais le titre de duc jusqu’à ce qu’ils deviennent rois de Sicile, puis de Sardaigne au début du XVIIIème siècle.
Le Duché de Savoie, élevé en Etat de haut niveau de souveraineté, commandait tout le passage des Alpes, jusqu’à Nice.
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70 ans, déportation (2) : Art Spiegelman, « Maus »

couv MausCe livre, Maus, est un album (deux volumes) de bandes dessinées. Aborder un sujet tel que la déportation et l’extermination massive des juifs sous le nazisme par le vecteur de la BD est un pari incroyable.
Sous-titrée « Un survivant raconte », cette œuvre utilise des dessins d’animaux (souris, chats, cochons, …) en silhouettes humaines qui assurent la représentation de cette véritable épopée, du narratif familial à la grande Histoire fracassante.
En quelques pages, j’étais rentré dans le procédé narratif de Spiegelman : le choix de la figuration animale, les allers-retours présent-passé à travers le témoignage de son père, le relationnel régulier à New York de l’auteur avec son géniteur.

C’est un livre qui est d’ailleurs impressionnant sur la relation de Art avec son père, Vladek. C’est ainsi sans concession sur les travers insupportables de ce rescapé des camps, son racisme (!), son avarice.
Mais au delà du respect filial qui reste toujours présent, Art Spiegelman veut traduire au plus niveau la Vérité.
La vérité des êtres, la vérité du caractère insupportable de son père, la vérité de l’holocauste à travers le parcours du père et aussi de la mère, déportée également.